L’incontournable du mois de décembre 2023

BLACKBURN de Bradley Denton

 

Bradley Denton est un auteur américain de science-fiction et d’horreur qui a également écrit quelques romans policiers ; Blackburn se range dans cette dernière catégorie.

 

Le livre sort en 1993 et connait un certain succès (en France, il reçoit le prix « calibre 38 » du meilleur premier roman 1995).

 

Le personnage central est Jimmy Blackburn que l’auteur nous décrit à travers une succession de tableaux depuis ses 10 ans jusqu’à sa mort. Entre chacune de ses tranches de vie, il nous décrit également l’un des meurtres qu’il a commis.

 

Jimmy Blackburn est en effet un tueur en série. Il n’a toutefois rien de comparable avec le personnage de Hannibal Lecter ou avec un prédateur sexuel.

 

Dans son comportement habituel, c’est un garçon plutôt « normal » sauf qu’il souffre d’une absence totale de retenue dans certaines circonstances ainsi que l’explique l’auteur :

« Il laissait les gens tranquilles sauf s’ils l’irritaient, auquel cas il les châtiait si l’offense était légère, ou les tuait si elle était grave ».

 

Échappent toutefois à sa vindicte les femmes et les enfants ainsi que les animaux, à l’exception des poules.

 

À travers Jimmy, Denton pointe du doigt la fragilité de l’enfance quand elle baigne au quotidien dans un univers familial pathogène. Le personnage emblématique du père de Blackburn est un concentré d’échec, de bêtise et de violence que Denton dépeint d’une façon remarquable et traumatisante.

 

Par la singularité de son personnage principal et sa construction particulière — qui alterne systématiquement tranche de vie et scène de mort —, le livre exerce une étrange fascination qui vous conduit à aller à la page suivante pour savoir jusqu’où l’auteur et Jimmy seront capables de vous entrainer.

 

L’écriture de Denton très fluide et assez classique, même quand le sujet ne l’est pas, renforce cette attraction au gout étrange et particulier.

 

Au final, ce roman est une réussite, car il promène le lecteur sur une palette de ressentis qui va de l’émotion à la stupéfaction en passant par l’attendrissement, la gêne, le dégout, mais aussi le rire (notamment dans les dialogues entre Blackburn et Morton, personnage loufoque évadé d’un asile) ce qui renforce encore son originalité.

 

En clair, Blackburn est un petit chef-d’œuvre à ne pas manquer.

Bonne lecture.

 

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